« Un panneau solaire ne rembourse jamais son énergie. » Et si on vérifiait, pour une fois ?
Combien de fois l'avez-vous entendue, cette petite phrase ? À un repas, sous une vidéo, dans la bouche de quelqu'un qui a l'air de s'y connaître : « De toute façon, un panneau ne rendra jamais l'énergie qu'on a brûlée pour le fabriquer. » Et tout le monde hoche la tête, vaguement d'accord. Ne vous êtes-vous jamais demandé d'où sortait, vraiment, ce chiffre ? Moi, si. Et ce que j'ai trouvé devrait vous agacer, parce qu'on vous raconte ça par pure paresse.
Il existe une mesure pour trancher, et elle est publique. On l'appelle le temps de retour énergétique : le nombre d'années qu'un panneau doit tourner pour rendre toute l'énergie qu'il a coûté à fabriquer. Combien ? Un à trois ans selon l'ensoleillement, d'après la méthode de référence de l'Agence internationale de l'énergie (photovoltaique.info). En France, sur une installation bien posée, deux ans. Deux ans.
Et ensuite ? Le panneau produit encore vingt-cinq, trente ans. Faites le compte avec moi. Deux ans pour rembourser, trente ans pour donner. Les études françaises situent ce rapport entre 17 et 35 (photovoltaique.info) : sur toute sa vie, votre panneau rend vingt à trente fois ce qu'il a coûté. Connaissez-vous beaucoup d'objets dont on puisse en dire autant ? Moi, non.
D'où vient la légende, alors ?
Elle a été vraie. Il y a vingt ans. Au début des années 2000, fabriquer un panneau coûtait tellement d'énergie que le retour se comptait en plusieurs années. Puis les usines ont progressé, les rendements ont grimpé, et le chiffre a fondu. Mais la phrase de table, elle, est restée intacte. Et il est vrai qu'elle arrange bien ceux que ça dérange de voir quoi que ce soit changer.
Soyons justes
Je déteste qu'on me serve un argument tronqué, alors je ne vais pas vous en servir un. Ce chiffre mesure l'énergie, et elle seule. Il ne dit rien du recyclage du panneau en fin de vie, ni de l'extraction des métaux à l'autre bout du monde. Ce sont de vraies questions, et je les prendrai une à une, ailleurs. Mais sur celle de départ, la seule qu'on vous balance au dessert, la réponse est oui : ça rembourse, et vite.
Et c'est là que ça me tient à cœur. Parce que cette croyance ne fait pas qu'avoir tort, elle paralyse. Celui qui est persuadé qu'un panneau ne sert à rien ne posera rien sur son toit, et se trouvera sage de s'abstenir. Que devrions-nous faire de cette fausse sagesse ? La répéter à notre tour ? Rester les bras croisés pendant qu'un mensonge vieux de vingt ans décide à notre place ? Je ne le pense pas. Et je suis persuadé que vous non plus.
Alors la prochaine fois qu'on vous la ressort, posez une seule question à celui qui parle : c'est de quand, ton chiffre ? Et regardez bien sa tête. Vous saurez tout de suite si c'est de la prudence, ou juste une vieille habitude qu'on n'a jamais pris le temps de vérifier.